TRIBUNE LIBRE | COP 26: GLASGOW 2021, LA RENCONTRE DECISIVE.

Du 1er au 12 novembre prochain se tiendra à Glasgow en Ecosse la 26ème Conférence des Parties des Nations Unies sur le climat (COP26). Notre pays, en sa qualité de chef de file des négociateurs africains sera l’un des principaux acteurs de ces assises à travers la personne du président de la République, Chef de l’Etat, Son Excellence Ali BONGO ONDIMBA. Au regard des dernières évolutions sur le plan climatique, l’heure est clairement à l’urgence.

Cette rencontre de Glasgow se révèle donc d’une importance décisive au sens le plus strict du terme. Il faut agir.

Si en 2009, les pays riches avaient promis affecter 100 milliards $ par an à l’action pour la préservation du climat dans les pays pauvres qui polluent peu mais qui sont les plus vulnérables, l’ambition aujourd’hui est de porter cet engagement des pays riches à 750 milliards d’ici à 2025.

Aussi, au cas où cet objectif serait accepté par les partenaires occidentaux, les pays africains espèrent pouvoir mobiliser au moins le tiers de cette somme en vue de financer pour moitié, l’adaptation aux changements climatiques et l’autre moitié à la résilience et à l’atténuation de leurs effets sur les modes de vie des populations impactées.

Mais avant cela, le camp des Africains se fixe un objectif a minima de 100 milliards $ par an à mobiliser tout de suite à l’issue de ces assises de Glasgow dont les négociations s’étendront jusqu’en 2025. Il faut donc s’accorder avec les bailleurs de fonds sur un processus technique permettant de déterminer de façon concertée, l’état des besoins réels des pays pauvres en termes de financement climatique. Selon des milieux proches du groupe des négociateurs africains, l’objectif visé dans l’immédiat serait d’obtenir au moins 20 milliards $ de financement pour le continent.

On voit bien là que les ambitions sont à la mesure des défis à relever pour surmonter au mieux les dérèglements climatiques qui affecteront la planète au cours des prochaines années dont certains effets graves ont déjà commencé à faire de nombreuses victimes dans de nombreuses régions du monde.

L’Afrique va à Glasgow avec de solides arguments et des propositions claires. Ali BONGO ONDIMBA qui conduira le groupe des négociateurs africains sur le climat entend faire valoir le point de vue des pays peu pollueurs mais qui contribuent grandement par des politiques audacieuses à la lutte contre les changements climatiques et la préservation de l’environnement. Le Gabon, faut-il le rappeler, est un leader planétaire dans ce domaine et abrite sur son territoire une grande partie des forêts tropicales humides d’Afrique centrale positives au carbone qui absorbent bon an mal an plus de 100 millions de tonnes de Co2 net chaque année.

Ali BONGO ONDIMBA pleinement investi et en première ligne

Ces dernières semaines, le Chef de l’Etat a multiplié les séances de travail avec son équipe pour la Cop 26, notamment son ministre de l’Environnement le Dr Lee WHITE et le Secrétaire permanent du Conseil Climat et président du groupe africain des négociateurs M. Tanguy GAHOUMA BEKALE et leurs équipes respectives. L’objectif est d’arriver à Glasgow fin prêt et au fait des dossiers à débattre. Pas de place aux improvisations.

Et comme il l’a affirmé à l’issue de ces réunions techniques, « la Cop 26 doit être l’occasion de décisions fortes ». Et « nous nous y préparons ».

Cet engagement du Gabon pour la préservation de l’environnement remonte à bien loin et pourrait même être considéré par certains côtés comme une caractéristique particulière des dirigeants gabonais dont feu le président Hadj Omar BONGO ONDIMBA qui, dès le milieu des années 70, a décidé de la création d’aires protégées à une époque où les questions climatiques n’étaient pas à la mode. A ce jour, le Gabon ne compte pas moins de soixante-dix aires protégées dans des zones marines et humides forestières. A cela s’ajoute treize parcs nationaux en plus de la forêt classée de la Mondah. Selon les termes de la loi 016/01 du 31 décembre 2001 portant code forestier de la République gabonaise, « l’aménagement de la flore et de la faune sauvage s’articule autour du classement des aires protégées et des espèces animales non domestiques. Leur gestion est organisée par l’agence Nationale des Parcs Nationaux (ANPN) dans les aires protégées créées à l’intérieur des forêts domaniales productives ». En clair, cette politique de préservation de l’écosystème national est un élément consubstantiel à toutes les activités ayant un impact sur l’écosystème y compris l’exploitation forestière dont elle détermine les périmètres et les limites.

La Cop 26, peut-être l’aboutissement du long combat d’Ali BONGO ONDIMBA…

Ce bref rappel est destiné à mettre en lumière les fondements profonds de la politique de l’environnement au Gabon qui n’est pas le fruit de lobbies et de groupes de pression. Ce fort engagement pro-environnement du Gabon a proprement démarré il y a un peu plus de dix ans lorsque la lutte contre le réchauffement climatique a été érigée en composante essentielle de la politique nationale et extérieure du Gabon sous l’impulsion énergique du président Ali BONGO ONDIMBA, très tôt alerté sur l’interaction entre les changements climatiques et la préservation de l’environnement. Son leadership a depuis été reconnu à travers la planète et le Gabon fait désormais partie des leaders mondiaux de la lutte contre le réchauffement climatique.

Les populations gabonaises qui interagissent naturellement avec la nature du fait de leurs traditions Bantoues, restent cependant sceptiques face à des restrictions motivées par cette politique de préservation de l’écosystème.

Il en est ainsi des règlementations plus rigoureuses survenues dans l’exploitation du bois. Par ailleurs le classement d’une catégorie d’animaux sauvages largement consommées par les populations locales, dans la liste des espèces animales entièrement protégées a quelque peu compliqué l’adhésion d’une partie de la populations à la politique pro-environnement du gouvernement.

Sur ce sujet, beaucoup ont à l’esprit les dévastations de plantations villageoises par des éléphants dont certaines incursions dans des zones habitées se sont parfois soldées par des morts d’hommes.

Comme on le voit la préservation de l’environnement a un prix que les populations gabonaises peinent à supporter seules.

Il est donc naturel qu’elles tendent une oreille particulièrement attentive vers Glasgow et de ce qu’il pourrait en advenir de bon pour eux et qui soit de nature à impacter positivement leurs vies au quotidien. Et c’est là, tout l’enjeu pour Ali BONGO ONDIMBA et son équipe de négociateurs. En effet, par-delà les ambitions qu’il porte de parvenir enfin à un accord satisfaisant pour les pays du bassin du Congo qui abrite la deuxième réserve de forêts tropicales humides du monde, le Chef de l’Etat gabonais aura aussi à cœur de parvenir à un résultat qui convainc ses compatriotes de l’utilité de son long combat.En plus des Gabonais, il y a tous ces Africains qui souffrent déjà des conséquences du dérèglement climatique notamment les habitants du Sahel, de la Corne de l’Afrique, des vastes étendues semi-désertiques de l’Afrique orientale et australe qui font face depuis une décennie à des vagues de sécheresses récurrentes et dévastatrices pour les populations et le bétail. Tous, espèrent et s’en remettent pour leur survie à la sagacité du Groupe des négociateurs africains conduit par le président de la République gabonaise.

Les attentes

Ce qu’attendent le Gabon et ses pairs du Bassin du Congo, c’est que Glasgow permette enfin de recompenser les efforts consentis par les gouvernements de ces pays pour la préservation de leurs écosystèmes qui se révèlent aujourd’hui d’une importance vitale pour la survie de l’humanité. De fait, ils ont besoin de financements innovants dans des domaines couvrant l’énergie, des industries vertes à haute valeur ajoutée génératrices d’emplois stables.

Il leur faudrait des investissements longs et stables dans des secteurs porteurs de bien-être social et économique adaptés aux rigueurs de la lutte climatique: santé, habitat, alimentation, aménagements urbains, etc. C’est le prix à payer pour permettre à ces pays de tenir la promesse faite à leurs populations d’un développement respectueux de la nature. Puisqu’ils doivent poursuivre leurs efforts pour la protection des écosystèmes marins et terrestres dans cette zone stratégique considérée à juste titre comme le deuxième poumon de la planète après l’Amazonie qui régresse de plus en plus face aux coups de boutoirs assénés par des politiques invasives et permissives de la part de l’actuel gouvernement brésilien.

Au-dela de cet objectif sous-régional, il y a l’ensemble des dispositifs juridiques, techniques et financiers à mettre en place en direction des pays africains en général en vue de leur permettre de s’adapter à la nouvelle donne environnementale et développer des stratégies résilientes aux plans économique et social.

L’Occident : l’heure de vérité

Il faut croire, du moins espèrer, que les interlocuteurs des négociateurs africains à Glasgow réunis au sein du groupe des pays riches, les plus grands pollueurs, sauront comprendre cet enjeu majeur qui engage pour la toute première fois, la survie du genre humain sur la terre. Il leur faudra vaincre leurs égoïsmes traditionnels et envisager pour la première fois de faire front commun avec les pays pauvres pour sauver notre « Maison commune » dont Jacques Chirac disait à juste titre il y a quelques années qu’elle était « en train de brûler pendant que nous regardons ailleurs ».

L’ancien président français soulignait à cet égard « qu’il n’est plus temps de jouer chacun pour soi ». L’inquiétude est réelle en effet de voir les pays riches qui sont restés jusqu’à présent sourds aux sollicitations des pays pauvres victimes des effets du changement climatique, de se calfeutrer dans des demi-mesures propres à leur éviter de mettre la main à la poche. Et ce n’est pas faute de moyens. Il suffit pour s’en convaincre de rappeler les montants faramineux que ces pays riches se sont attribués pour financer la reprise de leur économie après les deux premières vagues violentes de la covid-19.

Le pire serait qu’au lieu de faire face ensemble avec les autres pays de la planète, les « puissances d’argent » qui détiennent la réalité du pouvoir en Occident en viennent à opter pour un passage en force qui consisterait à décréter, par un bidouillage juridique international notamment « Onusien », une sorte de « sanctuarisation » des forêts primaires et tropicales du monde.

Un tel procédé interdirait aux pays abritant ces forêts de jouir de l’exploitation, même durable de cette ressource naturelle du fait de leur bannissement dans les usages industriels et domestiques. Il y a eu le précédent du palmier à l’huile dont une certaine science obéissant visiblement à des lobbies environnementalistes, a découvert sur le tard le caractère nocif de l’huile de palme sur la santé humaine. Autre cible de ces milieux décidément très actifs, c’est l’hévéa auquel on a trouvé mille et un défauts depuis qu’il est avéré que sa culture entraîne la dévastation de forêts tropicales dans certaines régions du monde notamment en Asie du Sud-Est, Indonésie, Malaisie, etc. On sait qu’en dehors de certains usages très ciblés tels les pneumatiques des avions, le caoutchouc naturel ne trouve plus de débouchés dans les domaines qui ont fait son succès d’antan.

Et puis, il y a le pétrole dont le bannissement à l’horizon 2050 ne fait pas encore l’unanimité des puissants lobbies pétroliers et des grands pays producteurs. Là aussi, il y aura un sérieux manque à gagner pour des petits pays producteurs qui tirent encore l’essentiel de leur Pib du pétrole.

Il convient aussi de s’inquiéter de la persistance du vieux rêve occidental de priver l’Afrique d’une économie industrialisée pour la réduire à l’état de réserve pour la biodiversité et les matières premières utiles aux économies occidentales.

L’ancien chancelier allemand Helmut KOHL qui déplorait en privé en 1987 le fait que la Chine ait pu parvenir à faire concurrence à l’Occident avait en effet invité ses pairs à empêcher l’industrialisation de l’Afrique. Depuis lors, ses propos n’ont jamais été dénoncés par ses successeurs.

Sauver la Maison commune de l’humanité

On peut penser que des idées aussi cyniques et barbares n’ont plus cours de nos jours en Occident et que ses principaux dirigeants sont aussi soucieux que les dirigeants africains de la survie de l’humanité.Est-ce un vœu pieux ? Nous le saurons bien assez tôt dès la fin de la Cop 26 à Glasgow dans la première quinzaine du mois prochain.

Ceci étant on doit déplorer le silence des organisations africaines de défense de l’environnement, en particulier celles du Gabon qui semblent plutôt engluées dans des querelles politiciennes internes au pays. Face à l’importance des enjeux liés à cette Cop 26, on pouvait s’attendre en effet, à un regain d’activisme et de lobbying de la part des ONG du continent pour appuyer la position africaine face aux négociateurs des pays riches.

Bonne chance à l’Afrique !

Courage et Force au président Ali BONGO ONDIMBA et aux négociateurs africains à la Cop 26.

Michel-Philippe NZE Secrétaire National, Chargé des Arguments et de la Riposte

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